Achille Duchêne

Achille Duchêne 1866-1947

Achille Duchêne rejoignit très tôt l’agence de son père où il grandit sur le terreau familial. Dans leur conception et leur œuvre de rénovation, le fils est absolument inséparable du père. Les deux hommes travaillèrent de longues années ensemble, beaucoup de leurs réalisations sont communes. Le succès du père introduisit aisément le fils dans le monde de l’art du paysage et de l’architecture des jardins. C’est dans ce contexte qu’il épousa en 1892 Gabrielle Laforcade, la fille de Joseph Laforcade, Jardinier en chef de la Ville de Paris.

Pendant toute la première moitié du XXe siècle, dans un monde qui évolue à pas de géant, Achille Duchêne en pleine maturité poursuivit une carrière magistrale, amplifiant l’œuvre commencée par son père. Ses travaux le rendirent célèbre, il devint un grand voyageur à l’activité débordante. 

René Pechère, architecte de jardins et urbaniste, l’ayant bien connu le décrivait ainsi : « d’une intelligence exceptionnellement vive et d’une culture étendue, il avait une conversation éblouissante. Son masque assez pâle, sillonné de belles rides était bien plus la marque de la méditation et d’une souffrance d’artiste que le signe de la vieillesse. Quelques cheveux teints en noir, comme les sourcils, prouvaient une coquetterie toujours en éveil. Sa conversation était un véritable feu d’artifice et comme son intelligence était encore plus vive que le mécanisme de ses mots, on avait l’impression que ses idées s’engouffraient par une porte étroite et que son imagination à mille faces ruisselait de mille parts comme une cascade trop riche de ses eaux. Resté alerte jusque dans les dernières années, je le revis chez Ernest de Ganay, grand spécialiste de l’histoire des jardins qui l’accueillait toujours par ces mots : voici le prince des jardins. Achille Duchêne remarquait avec tristesse mais sans amertume que son époque était peu propice aux intellectuels et aux artistes. Il conservait cependant son enthousiasme, cherchait toujours des solutions d’adaptation nouvelles et se montrait dans son âme plus jeune que les plus jeunes, le plus ardent et le plus gai. »
(René Pechère, extrait de La maison d’hier et d’aujourd’hui, N° 35, Septembre 1977)

Photo Achille Duchêne
Photographie d’Achille Duchêne en 1936. © Association Henri & Achille Duchêne, Fonds Duchêne.

Homme de culture il rassembla au sein de sa gigantesque bibliothèque de nombreux ouvrages sur la littérature, l’architecture et l’art des jardins. Passionné d’art, il était grand amateur d’Hubert Robert et se plaisait à collectionner les dessins de Jacques de Lajoue. Ardent défenseur de l’art des jardins, il fut aussi un des grands donateurs de la très éminente Gazette Illustrée des Amateurs de Jardins.

Au sein de la Société des architectes paysagistes de France qu’il présidait en compagnie de Ferdinand Duprat il créa un mouvement de l’art des jardins et mit en place l’Office international de documentation de l’art des jardins, de renommée mondiale. Il succéda à Madame de Vilmorin comme Président de la Société des amateurs de jardins. Il fut également Président d’honneur du Comité de l’art des jardins de la Société Nationale d’Horticulture de France. Cette période se caractérisa par une intense activité, il composa ses jardins dans ce style régulier qui lui est propre, au tracé parfaitement architecturé, aux nivellements minutieusement étudiés, à la perspective maîtrisée, où le paysage lointain sert de toile de fond, comme un décor de théâtre et tient absolument l’œil en éveil.

Albert Flament écrivait dans la Revue de Paris : « Achille Duchêne n’a vécu que dans les jardins et pour les jardins. Je ne connais personne qui ait approché, à ce jeu, plus de milliardaires. Vous allez me dire qu’ils nous l’ont gâté. Point. Il semble que d’avoir vu monter – et descendre – tant de fortunes, créer tant de châteaux et de parterres, dans l’enthousiasme de la jeunesse, de l’enrichissement, des ambitions, de l’amour et vu s’évanouir, autour de lui, amours, orgueils, trésors, printemps, l’ait rendu sensible et philosophe plus qu’homme au monde. » (Albert Flament, Revue de Paris, 1935).

Après avoir réalisé des « tours de force et de passe-passe, ouvert des horizons et escamoté des collines, amené l’eau dans des pâturages, créé des canaux à travers des paysages arides, rempli des vasques, dispersé des filigranes d’argent sur des dauphins de bronze, taillé des milliers de buis, aligné des kilomètres de charmilles » (Albert Flament, Revue de Paris, 1935), Achille Duchêne s’éteignit à Paris le 12 Novembre 1947. Il a été enterré à Lorient, face à la mer, comme il l’avait souhaité, dans un tombeau qu’il avait lui-même dessiné, où il rejoignit son père.

En hommage à sa mémoire Ernest de Ganay écrivit : « Oui, ce fut dans la joie de faire, et de bien faire, tellement Duchêne possédait son art à fond, que ce grand artiste composait ses jardins. Il nous fut souvent donné d’assister à leur élaboration et le maître, ayant donné le thème, la première esquisse, dès lors parlait ses jardins, inlassablement, que traduisaient, pour ainsi dire, ses dessinateurs, sur le papier tel un général en chef, dictant ses plans de bataille à ses collaborateurs habiles à saisir sa pensée. Avec fougue, mais lucidité, naissaient ainsi ces véritables victoires qui devaient s’inscrire sur le sol de France, le parant de beautés nouvelles, en le modelant, pour la plus grande gloire de l’art des jardins. Nous avons beaucoup connu et aimé le maître Duchêne. Son cœur était généreux et son âme fidèle à ses amis, une fois qu’il les avait adoptés pour tels. Sa causticité – mais point méchante ! – ne s’exerçait que sur ceux dont le ridicule ou le démérite étaient patents. Il possédait une philosophie, une sérénité, qui surent accepter le déclin des grands jardins fastueux, dessinés à la française, qui avaient pu se former durant un tiers de siècle, environ de 1880 à 1914. Achille Duchêne est venu à son heure, il a pu ajouter ainsi de superbes fleurons à la couronne de gloire de cet art si français, l’Art des Jardins. »
(Ernest de Ganay, Préface Petites et Grandes Résidences. Paris, 1950).

ACHILLE DUCHÊNE – Distinctions honorifiques

Officier de la Légion d’Honneur pour son œuvre dans l’Art des jardins, 1936.
Officier d’Académie.
Mérite Agricole.
Chevalier de l’Ordre de François-Joseph.
Fonctions officielles et électives
Président d’honneur de la Société des architectes paysagistes de France à Paris, 1939.
Président d’honneur du Comité de l’art des jardins de la Société nationale d’horticulture de France.
Président de la Société française des architectes de jardins.
Fondateur de l’Office International de Documentation de l’Art des jardins.
Nommé Architecte des Régions Libérées après la guerre 1914-1918.
Nommé par le Gouverneur de la Province d’Anvers membre du Jury international du Concours pour l’aménagement du domaine provincial Rivierenhof, 1922.
Nommé membre du Jury de la rédaction du programme du Concours pour l’aménagement du parc boisé de Parilly, Rhône, 1936.
Nommé Officier de l’Instruction publique par le Ministère de l’Éducation Nationale, 1939.
Membre du Comité consultatif d’urbanisme de la Préfecture de la Seine.
Membre de la Commission consultative des séries artistiques des Forêts Domaniales, au Ministère de l’Agriculture.
Membre de la Classe 27 Arts du Jardin du Comité d’admission à l’Exposition Internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, 1925.
Membre de la Commission du Parc de Sceaux pour l’Exposition Internationale de Paris, 1937.
Premier Vice-Président de la Classe 19 à l’Exposition Internationale de Paris, 1937.
Désigné par le Prince Elie de Bourbon Parme Architecte du Château de Chambord où il est resté en fonction pendant deux années.

Récompenses obtenues aux Concours et Expositions

Prix au Concours international du Parc de la liberté à Lisbonne.
Prix au Concours de Devantures de la ville de Paris, 1922.
Prix d’honneur Exposition de la Société Nationale d’Horticulture, 1927.
Grand prix à l’Exposition universelle et internationale de Bruxelles, 1935.
Prix d’honneur par le Commissaire général de l’Exposition Internationale de Paris, 1937.

PUBLICATIONS

La gazette illustrée des amateurs de jardins. Paris, 1902 à 1947.
De l’art des jardins du XVe au XXe siècle. Paris, 1911.
Des divers style de jardins, avec Marcel Fouquier. Paris, 1914.
Pour la reconstruction des cités industrielles. Paris, 1919.
Formal Parks and Gardens in France, Journal of the Royal Horticultural Society. London, 1929.
Les jardins de l’avenir, hier, aujourd’hui, et demain. Paris, 1935.
Jardins d’aujourd’hui. SNHF. Comité de l’art des jardins.
Des changements de style dans l’art des jardins et la rénovation des jardins à la française, 1932.
Petites et grandes résidences. Paris, 1950.
Nombreux articles dans les revues Vie à la campagne, Art et Industrie, etc.
Diverses conférences en France et à l’étranger.


Des divers styles de jardins, 1914, Achille Duchêne et Marcel Fouquier, Émile Paul Éditeur, Paris.
Pour la reconstruction des cités industrielles (étude économique et sociale), 1919, Achille Duchêne, préface de M. P. Otlet, Secrétaire général de l’Union Internationale des Villes, Éditions Bibliothèque de la Renaissance des Cités, Paris, 78 pages.
Les Jardins de l’Avenir, Hier, Aujourd’hui, Demain, 1935, Achille Duchêne, Vincent, Fréal et Cie Éditeurs, Paris. Dédié à Monsieur le Comte de Fels, Prince de Heffingen. Préface par Henry de Jouvenel. In-4 broché format oblong, 48 planches hors texte, 96 pages.
Jardins de rêve, fééries nocturnes, Achille Duchêne, livre non publié, 76 planches, un seul exemplaire existant, accompagné de 120 dessins en couleurs, Fonds Duchêne.
Petites et grandes résidences, 1950, Achille Duchêne, livre posthume publié sous le patronage de la fondation Ligne à Belœil. Préface d’Ernest de Ganay (1880-1963), l’un des meilleurs historiens français des jardins, auteur de nombreux livres sur le sujet, Châteaux et manoirs de France, Les Jardins à la française au XVIIIe siècle… In-folio oblong (326 x 444 mm), 64 planches réalisées d’après les dessins de Henri Brabant, élève et collaborateur d’Achille Duchêne. Édition limitée à 350 ex., non mis dans le commerce.

Jardins de rêve dessin de Achille Duchêne
Planche issue de « Jardins de rêve, fééries nocturnes » d’Achille Duchêne, livre non publié, un seul exemplaire existant, Fonds Duchêne. © Association Henri & Achille Duchêne, Fonds Duchêne.