Gabrielle Duchêne

Gabrielle Duchêne 1870-1954

Biographie tirée de « In Memoriam », 1954, Ligue Internationale de Femmes pour la Paix et la Liberté, section française, 34 pages, textes et photos rendant hommage à Gabrielle Duchêne.

« Née à Paris, le 26 février 1870, dans une famille aisée, mariée jeune dans son milieu bourgeois, Gabrielle Duchêne, déchargée de tout souci matériel, aurait pu limiter son activité aux relations mondaines et aux œuvres charitables, mais elle se rendit bien vite compte que la bienfaisance telle qu’elle était pratiquée ne faisait qu’avilir, en leur ôtant toute initiative, ceux qu’elle se proposait d’aider. Frappée par l’injustice sociale, elle travailla à la section du Travail du Conseil National des Femmes dont elle devint présidente et s’occupa particulièrement du travail des ouvrières à domicile si mal rétribué.

Elle fonda avec elles L’Entr’aide, coopérative de production, qu’elle dirigea pendant une vingtaine d’années. Elle créa l’Office Français du travail à domicile dont le but était de défendre les intérêts des travailleuses. Cette organisation mena sous son impulsion une vigoureuse campagne pour obtenir la promulgation d’une loi fixant un minimum de salaire. Cette loi fut votée en 1915 et l’Association obtint le droit de se substituer aux ouvrières à domicile pour poursuivre les patrons qui n’appliquaient pas le minimum légal de salaire.

Gabrielle Duchêne consigna dans un livre sur le minimum de salaire les progrès de la législation qui s’ensuivirent dans les différents pays. Elle rédigea aussi un opuscule « A travail égal, salaire égal », luttant contre cette injustice qui persiste encore dans un grand nombre de pays. L’application de la nouvelle loi avait eu une influence favorable dans l’organisation syndicale des femmes en France. Gabrielle Duchêne milita avec elles à la C.G.T.U. et fut déléguée en U.R.S.S., à la demande de la section féminine syndicale, en 1927. (Elle devait retourner en U.R.S.S. en 1936 et en 1939.)

En 1915, son attitude de pacifiste et la publication, au nom de la Section française du Comité International des Femmes pour une Paix permanente, d’un manifeste « Un devoir urgent pour les Femmes », lui valurent une perquisition à domicile et de sérieuses poursuites qui relevaient du Conseil de guerre. Toute la presse fut déchaînée contre elle. Mais elle était au-dessus de toutes les menaces. Elle devait être et rester jusqu’à sa mort la présidente très aimée de la Section française de la Ligue Internationale de Femmes pour la Paix et la Liberté qui fut le nom de notre Ligue à partir du Congrès de Zurich de 1918.

À son retour d’U.R.S.S., en 1927, elle créa avec le concours d’hommes éminents, au nombre desquels figurait le Professeur Langevin, le Cercle de la Russie Neuve dont elle fut l’animatrice en tant que secrétaire générale. Ce cercle se transforma en Association pour l’Etude de la Culture Soviétique (A.P.E.C.S.), association qui a beaucoup contribué à faire connaître la philosophie marxiste en France.

L’horizon devenait à nouveau menaçant et la lutte contre le fascisme s’organisait en France. Gabrielle Duchêne participa activement au grand Mouvement contre la guerre et le fascisme connu sous le nom d’Amsterdam-Pleyel dont les initiateurs étaient Henri Barbusse et Romain Rolland. Celui-ci choisit d’ailleurs Gabrielle Duchêne pour lire le manifeste du Congrès d’Amsterdam. En 1934, à son instigation, se réunissait à Paris un grand Congrès International de Femmes pour la défense de la Paix, congrès qui se termina par la création du Comité Mondial des Femmes contre la Guerre et le Fascisme dont elle devint la Présidente internationale. La guerre devait mettre fin aux activités de cette organisation.

Recherchée par la Gestapo en 1940, Gabrielle Duchêne quitta Paris et se réfugia sous un nom d’emprunt dans le Midi où elle travailla de son mieux à lutter contre l’occupant. Elle se mit en rapport avec les femmes actives de la région, leur apporta son aide, fit circuler des cahiers de revendications, donna asile à celles qui étaient recherchées par la police.

De retour à Paris, à la Libération, Gabrielle Duchêne continua ses activités. Elle participa au 1er Congrès Constitutif de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes. Elle joignit ses efforts à ceux des « Combattants de la Paix ». Elle était membre du Conseil National du Mouvement de la Paix, de l’Union des Femmes Françaises, ainsi que d’autres organisations : Secours Populaire, France-U.R.S.S., France-Espagne, France-Vietnam, etc.

Sans égards pour sa santé rendue plus fragile par son grand âge, elle était de tous les Congrès, tant ceux de notre Ligue que de la Fédération Démocratique Internationale des Femmes et du Mouvement de la Paix. Sa fine silhouette, son auréole de cheveux blancs, ses yeux noirs si vifs, si pleins de flamme, étaient connus de tous les militants.

Elle est morte le 3 août dernier, en plein travail, préparant dans ce beau chalet suisse qu’elle aimait, le Comité Exécutif de Copenhague où elle voulait encore se rendre pour représenter notre section française.

Elle a eu une belle vie, riche d’activités multiples, servant les causes qui lui étaient chères, y trouvant sa joie. Elle nous laisse un exemple magnifique qui sera pour nous un stimulant à l’action. »

Gabrielle Duchêne
Gabrielle Duchêne © Association Henri & Achille Duchêne, Fonds Duchêne

Gabrielle Duchêne a laissé des archives très importantes en volume et d’une richesse exceptionnelle qui témoignent de son activité internationale et nationale débordante pendant près d’un demi-siècle, en particulier dans les mouvements féministes et pacifistes. Ces archives (livres, brochures, journaux, dossiers, affiches) ont été transmises par sa fille Suzanne, épouse du docteur Alexandre Roubakine, à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) à Nanterre où elles peuvent être consultées.

Références sur Gabrielle Duchêne
Texte et thèse d’Emmanuelle Carle, « Gabrielle Duchêne et la recherche d’une autre route : entre le pacifisme féministe et l’antifascisme ». A lire sur le site de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté et sur celui des Archives du féminisme.
Voir aussi les sites Le Maitron et Si/si, les femmes existent.